Ville en vert | éco-quartier Ahuntsic-Cartierville

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Vive la pelouse écologique ! PDF Imprimer Envoyer

À l’ère où les pesticides sont interdits dans la plupart des villes, les Québécois se retrouvent en quête désespérée d’une solution pratique qui leur permettra d’obtenir une pelouse verdoyante sans l’utilisation de produits chimiques. Si on vous disait qu’il est possible d’avoir une pelouse verte, dense et saine sans avoir recours à ces produits, auriez-vous des doutes? Eh, bien permettez-nous les dissiper! En lisant ce qui suit, vous posséderez les notions de base qui vous permettront de cultiver une pelouse luxuriante et pleine de vie et ce, de façon tout à fait écologique! Vous devrez cependant élargir vos horizons et prendre une grande respiration si vous êtes phobique du pissenlit…

S’éloigner de la monoculture

Le premier pas vers une pelouse écologique consiste à accepter le fait que des espèces de plantes autres que les graminées viennent établir domicile sur votre terrain. Les pelouses traditionnelles sont normalement composées d’une seule espèce ou d’un mélange de quelques espèces apparentées de graminées. Ne vous détrompez pas! Les graminées sont souvent des candidates excellentes pour faire partie d’une pelouse. Elles sont résistantes, vigoureuses et prolifiques.

Le problème repose sur la méthode de culture usuelle des pelouses en monoculture, la culture d’une seule espèce, qui rend les graminées vulnérables aux maladies, aux insectes et aux intempéries. Quand un pépin surgit (par exemple : une maladie), la pelouse entière s’expose au risque en raison de la susceptibilité équivalente de chacun des plants de graminées de succomber à l’imprévu en question.

Par ailleurs, une pelouse diversifiée comprenant des espèces de plantes de familles différentes, aura des meilleures chances de survivre à une complication puisque les espèces qui résisteront demeureront vigoureuses le temps que les espèces affectées se remettent de leur secousse. De plus, la pelouse diversifiée attirera une plus grande diversité d’organismes vivants et multipliera les interactions entre ces derniers (par exemple : une pelouse diversifiée est un véritable paradis pour les petits prédateurs d’insectes nuisibles). Un équilibre sera ainsi atteint et un véritable écosystème sera formé. Les écosystèmes complexes sont beaucoup plus durables et demandent beaucoup moins d’entretien qu’une monoculture.

Votre ami le trèfle

En plus des espèces de graminées classiques, comme les pâturins et les fétuques, on peut incorporer à notre pelouse du trèfle blanc. Il s’agit d’une plante compagne idéale pour les graminées en raison de sa capacité de fixer l’azote de l’air dans le sol, avec l’aide de bactéries bénéfiques, et de le rendre disponible aux plantes voisines. Le trèfle est aussi une plante vivace vigoureuse au port rampant et compact qui nécessite peu de tonte et peu d’arrosage. De plus, il produit des jolies fleurs blanches très nectarifères qui attirent une grande diversité d’insectes pollinisateurs utiles. On peut se procurer des semences de trèfle dans la plupart des centres de jardin et on peut les semer à n’importe quel moment durant la saison de croissance.

Des fleurs pour votre pelouse

Il existe plusieurs espèces de

plantes à croissance compacte dont la floraison peut égayer une pelouse monochrome. En début de saison, quand la pelouse est encore jaune et dormante, des crocus éparpillés sur une surface gazonnée créent un effet saisissant. La floraison sera terminée par le temps d’effectuer la première tonte. On doit planter les bulbes en automne. Plus tard au printemps, des violettes ponctuant la pelouse ajoutent une touche délicate avec leurs tons de bleus et de mauve. Plusieurs espèces sont disponibles en pépinière, dont plusieurs sont indigènes, et toutes se ressèment aisément. Les bugles sont également des vivaces idéales pour les pelouses ayant également un port compact et rampant. Les différentes variétés disponibles sur le marché offrent toute une gamme de couleurs de fleurs dans les tons de blancs, de rose et de mauve. Il existe également chez les bugles, une variété de couleurs de feuillage allant du vert panaché au bourgogne.

Quand viendra le temps de tondre la pelouse, certaines fleurs risquent d’y passer mais la tonte stimulera la croissance des plantes et la formation de nouvelles fleurs.

Renouez avec le pissenlit

Vous souvenez-vous du premier bouquet que vous avez offert à votre maman? N’était-il pas composé de jolies fleurs jaunes dont la sève laiteuse vous collait aux mains? Eh oui, les enfants ne voient encore que la couleur joyeuse du pissenlit et non le fléau disgracieux détesté par les grands. Il est vrai que le pissenlit est agressif et persistant mais est-ce réellement une raison pour en oublier sa beauté? Les jardiniers s’acharnent éperdument sur cette guerre perpétuelle contre le pissenlit. La frustration associée aux échecs face à leurs tentatives d’éradication les mène souvent à oublier que le jardinage est supposé évoquer la détente et le relâchement. Il faut maintenant baisser les bras et accepter que le pissenlit soit là pour rester. Pourquoi ne pas canaliser le temps, l’énergie et l’argent voué à combattre le pissenlit vers d’autres projets qui inspirent le bien-être et la satisfaction? On pourrait aussi se pencher sur les qualités et les vertus négligées de cette plante bénéfique :

Plante nectarifère ; Comme beaucoup de plantes dans la famille des Astéracées (famille du tournesol), le pissenlit produit beaucoup de nectar et est très convoité par les insectes pollinisateurs comme les papillons.

Plante comestible ; On peut servir les jeunes feuilles crues en salade ou cuites dans un sauté. Les pétales sont également comestibles et on s’en sert pour décorer les salades. Le pissenlit est très nutritif et est riche en vitamines A et C ainsi qu’en magnésium et en manganèse.

Plante médicinale ; Toutes les parties de la plantes sont médicinales. On peut faire sécher la plante entière (incluant la racine) et la consommer en infusion. Gare aux palais délicats, elle est très amère! Le pissenlit est utilisé pour ses propriétés dépuratives, diurétiques, cholagogues et stomachiques.

Bien sûr, vous pouvez toujours continuer à le combattre. On devra cependant se retrousser les manches et utiliser la bonne vielle technique d’arrachage manuel puisque l’utilisation des herbicides chimiques est aujourd’hui interdite dans la plupart des villes du Québec. Mais attention, il faut prendre soin d’extraire la racine sinon la plante se régénère et il faut recommencer. Heureusement, il existe plusieurs outils efficaces conçus spécifiquement pour faciliter le déracinement des pissenlits et pour vous aider à vous lever de vos genoux devant votre adversaire végétal.

Entretenir votre fierté

La tonte

L’entretien d’une pelouse écologique saine implique une diminution de la fréquence de tonte, ce qui fait normalement le bonheur unanime des jardiniers. Idéalement, la pelouse devrait être maintenue à une hauteur se situant entre 8 et 12 cm. À cette hauteur, les plantes de la pelouse créeront une ombre rafraichissante qui permettra de maintenir un niveau d’humidité élevée et qui freinera la germination des graines des plantes indésirables. Une tonte plus courte a tendance à affaiblir le système racinaire en supprimant une portion du feuillage trop importante, réduisant ainsi la photosynthèse. La sécheresse et les plantes indésirables s’installent aussi beaucoup plus facilement dans le cas d’une pelouse trop courte.

La première et la dernière tonte de la saison seront les plus courtes. On peut alors ajuster la lame de la tondeuse entre 5 et 8 cm du sol. Au printemps, une tonte courte stimulera la croissance des plantes tandis qu’en automne, elle jouera un rôle dans la prévention des maladies.

Assurez-vous de maintenir la lame de la tondeuse bien affutée afin d’obtenir des coupes nettes qui se cicatriseront rapidement. Une coupe grossière rend le feuillage plus sensible aux maladies.

L’herbiciclage

Les rognures de gazon, obtenues lors de la tonte, sèment parfois la controverse chez le jardinier désirant faire sa part pour l’environnement. Elles sont trop azotées pour le composteur, elles encombrent les sites d’enfouissement lorsque jetées aux ordures et elles ne font normalement pas l’objet de collectes à domicile. Heureusement, une solution facile, pratique et logique s’offre au jardinier conscientisé : laisser les rognures sur place après la tonte! Elles se décomposeront rapidement et retourneront à la pelouse une foule d’éléments nutritifs, dont l’azote, un élément essentiel à la croissance du feuillage. Il faut toutefois répartir les rognures uniformément sur le terrain à l’aide d’un râteau ou en utilisant une tondeuse déchiqueteuse car la pelouse pourrait suffoquer sous les mottes de rognures trop épaisses.

L’arrosage

Le besoin en eau diffère grandement d’un type de pelouse à l’autre. En l’absence de pluie, la pelouse traditionnelle, composée principalement de graminées, nécessite 25 mm d’eau par semaine pour demeurer verte tout l’été, ce qui correspond à environ une heure d’arrosage. Par ailleurs, la pelouse écologique en requiert un peu moins, surtout si celle-ci est maintenue haute et si elle contient des plantes résistantes à la sécheresse comme le trèfle. Lors des sécheresses estivales, il est possible que la pelouse entre en dormance et se met à jaunir. Il s’agit là d’un mécanisme de défense normal qui permet aux plantes composant la pelouse de cesser les activités qui engendrent une trop grande évapotranspiration. Au retour des pluies, la pelouse reverdit et reprend progressivement ses fonctions vitales.

Au plus chaud de l’été, les meilleurs moments pour arroser la pelouse sont le tôt le matin et en fin d’après-midi. L’eau a ainsi la chance de pénétrer le sol sans trop s’évaporer, contrairement à un arrosage en milieu de journée qui ne fait que gaspiller l’eau. En fin de soirée, le feuillage de la pelouse est plus vulnérable aux maladies fongiques. On doit donc s’assurer que celui-ci ait le temps de sécher avant la tombée de la nuit.

L’aération

La pelouse écologique nécessite un sol bien aéré. L’air prévient le compactage du sol, augmente sa capacité de rétention d’eau et favorise la respiration des plantes au niveau des racines.

Pour savoir si le sol de la pelouse a besoin d’air, on a qu’à y enfoncer un crayon. Le crayon devrait pouvoir s’enfoncer à une profondeur de 10 à 15 cm. Dans le cas contraire, on doit remédier à la situation en effectuant une aération du sol. Cette opération peut être réalisée en début de saison, quand la pelouse est encore dormante. Pour ce faire, on doit se procurer un aérateur manuel, un outil qui prélève des carottes de terre, ou louer un aérateur mécanique si on dispose d’un grand terrain.

Le terreautage

Un sol ayant une composition élevée en matière organique constitue le support idéal pour une pelouse écologique saine. Les sols de la vallée du Saint-Laurent étant souvent très argileux, il est recommandé d’amender le sol de la pelouse avec du compost, la matière organique par excellence la plus disponible pour les jardiniers. Le compost améliore la texture du sol et enrichit celui-ci en minéraux essentiels à la croissance des plantes. Le compost est aussi riche en bactéries bénéfiques qui favorisent la décomposition de la matière végétale et rendent les éléments nutritifs disponibles aux plantes.

La façon de procéder consiste à épandre une fine couche de compost à l’aide d’un râteau à feuilles sur toute la superficie de la pelouse. On effectue alors un terreautage. Cette opération peut être réalisée annuellement au printemps après l’aération si celle-ci est nécessaire. En général, on utilise 5 litres de compost par 10 m2 de pelouse.

La fertilisation

Mis à part les pesticides, les fertilisants à pelouse traditionnels figurent également parmi les formulations puissantes qui peuvent nuire à la santé des humains et des écosystèmes. L’utilisation régulière des fertilisants peut également causer des excès de certain minéraux qui peuvent nuire à la santé des végétaux composant la pelouse.

Heureusement, une pelouse écologique saine nécessite très peu de fertilisation, voire même pas du tout, surtout si on pratique l’herbiciclage (laisser les rognures sur place) et le terreautage annuel, et si la pelouse est diversifiée au niveau des espèces végétales.

On peut toutefois utiliser un fertilisant naturel, comme l’émulsion d’algues marines, et l’appliquer au milieu du printemps, à l’époque où la pelouse est en pleine croissance. Normalement, une seule application par année suffit.

Les alternatives

Vous disposez d’un terrain et vous songez à y établir une vaste pelouse luxuriante? Avez-vous exploré les alternatives? Certains types d’aménagements vous permettront de verdir et embellir votre propriété sans autant d’entretien que la pelouse en exige, qu’elle soit écologique ou traditionnelle. Tout dépendant de l’espace disponible, vous pourriez aménager une prairie fleurie, un jardin de vivaces et d’arbustes sillonné de sentiers, ou peut-être un jardin d’oiseaux, de papillons…

Quel que soit le projet que vous entreprendrez, sachez qu’un espace vert améliorera la qualité de vie dans votre quartier en créant une fraicheur bienvenue en plein été, un filtre naturel à la pollution ainsi qu’une surface absorbante pour gérer l’eau d’écoulement, sans mentionner la beauté incontestable que les plantes ajouteront à votre espace.